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28 avril 2011

Quai des prunes

C'est récurrent. Le long des quais de Cayenne à Sète, les gens du voyage viennent régulièrement squatter. Certains de manière discrète, propre, courte...avant de reprendre leur périple perpétuel vers une aSète, Cayenne, gens du voyage, aire d'accueilutre commune. Plus loin. En laissant derrière eux un quai propre. Mais sitôt occupé à nouveau par d'autres caravanes...

D'autres, plus nombreux, ne respectent nullement le site. Ni les branchements électriques, d'eau...voisins. Comme cela a été longtemps le cas prés des commerces Netto, Mr Bricolage et autres...

Comment peut-on laisser ainsi des squatts se renouveler, se perpétuer...alors que depuis le 5 juillet 2000 (et bien avant d'une autre manière), il est fait obligation aux communes de plus de 5.000 habitants (comme Sète) de créer une aire d'accueil communale!

Non seulement ce type d'aire permet un accueil plus adapté, mais aussi (depuis 2007) d'avoir recours à la force publique pour toute occupation autre et donc illégale du territoire communal et de tout terrain, y compris privé.

Dans certaines communes, ces 25 à 40 places à disposition sont gérées par un gardien municipal, qui surveille les rotations des occupants, les lieux, délivre un droit d'entrée contre une somme modique (type 2€ par jour) qui permet de se brancher à l'eau et à l'électricité, et donc d'en consommer à la hauteur de cette somme.

Alors pourquoi, depuis plus de dix ans maintenant, notre municipalité joue la montre? 

Se cachant derrière la difficulté de trouver un terrain (c'est étonnant comme certains trouvent facilement par contre des terrains pour des projets privés..., y compris du côté du parc Aquatechnique...). Ou devant le Schéma Départemental (qui n'empêche nullement la création à la charge de la commune de sa propre aire d'accueil) qui doit positionner une aire de grand passage intercommunale.

De faux prétextes.

 

Commentaires

Ce qui est différent nous indiffère.
Surtout si la différence fait que nous sommes sédentaires, alors que les autres…
Et puis, dans la culture Française, donc Sétoise, l’étranger, c’est l’autre.
Comme on voit combien des couleurs de maillot de Joutes laissent des traces entre le Nord et le Sud du Bassin de Thau, il y a du travail à faire dans les consciences.
Mais il me semble, à la lecture des archives municipales, qu’on est toujours le « Juif », « l’Espagnol », « l’Arabe », voire « l’Italien » de quelqu'un.
Je ne vois toujours pas de « Bougnoules » sur les tintaines. Des « Juifs », c’est peut-être possible, ça ne se voit moins (Au regard de ce que disait, des caractéristiques, les apôtres du Maréchal).
Alors, des « Gens du voyage » ou des « Roumains », sur la tintaine…
Juste un truc, les Gitans, les Tziganes et Autres qui ont une Carte d’Identité Française ont pour obligation de faire valider régulièrement un document parce qu’ils se baladent.
Moi, quand je passe d’Auchan à Carrefour, je me balade également.
Mais on me fout la paix. Ma Mère, Yougoslave, a épousé un Français.
Le nom de famille ça aide.
Comment se démerdent les Scana…, Giorda…, Avallo… avec leurs noms d’immigrés ?
Vous croyez que des relations « Mondaines » ça aide ?
Monsieur Sans, merci de me répondre sur le « Permis de circulation », juste ceci.
Pour le reste, malheureusement, il n’y a pas plus raciste que quelqu’un accepté depuis longtemps (mais la durée est dans sa tête) dans une communauté…

Un petit sujet sur la pêche aux thons ne ferait pas de mal sur votre blog.
J’ai un avion et deux hélicoptères à louer, cette année, en prévision de l’an prochain où le nouveau thon rouge : « thunnus thynnus scanapius avolonus kadhafus », au cas où il serait encore dans l’eau.
Où entre deux eaux.
Où entre deux os.
Ou entre deux contrôles fiscaux.
Bien à vous tous, Ô « Français » de souche.

Écrit par : Jeanne-Marine | 30 avril 2011

Si je trouve votre commentaire intéressant sur certains points, je le trouve injuste sur les sétois que vous ne connaissez sûrement pas et je vous trouve raciste envers eux..

les Scana…, Giorda…, Avallo…que vous prononcez péjorativement avec un amalgame où le "non dit" fait ressortir une haine du pêcheur professionnel qui exerce un des métiers les plus beaux et les plus durs du monde, oui, les les Scana…, Giorda…, Avallo… étaient mélangés et amis avec des gens du voyage sédentarisés qui habitaient au quartier haut dans un endroit dit "les herbettes".

Vous sauriez si vous connaissiez les ports que c'est des lieux depuis que l'homme navigue où les mélanges et brassages de nationalités, de races, de religions se font depuis des milliers d'années.

Il est certain que "l'étranger" comme vous dites - quand un sétois dit le même mot, ce n'est pas au premier degré, mais vous ne l'aviez pas compris - comme partout et dans tous les domaines a toujours une période d'adaptation et souvent c'est surtout lui qui fait de l'auto-rejet voulant garder ses coutumes et traditions afin de se regrouper en communauté.

Quant aux joutes que vous ne connaissez sûrement pas aussi, elles n'étaient pratiquées à l'origine quasiment qu'avec des pêcheurs et dockers, et même à une certaine époque rejetées par la bourgeoisie sétoise, les trouvant trop populaires. On comprend facilement pourquoi les gens proches du milieu de la mer pratiquaient ce sport bien plus que les autres.

Depuis la création des écoles de joutes, l'initiation et la pratique est ouverte à tous. Vous ne devez pas être un Aficionado des joutes outre qu'il n'y a pas de maillots sauf honorifiques pour certains championnats ou coupes, il y a des juifs, des arabes, des noirs... qui joutent et bien sûr des anciens "gens du voyage" sédentarisés notamment une famille sous les couleurs du pavois agathois.

En conclusion quand on parle de choses que l'on ne connaît pas ou si peu -c'est l'apanage des "écolos" dans de nombreux domaines - que se soit Sète, les sétois, les joutes, la pêche du thon rouge ou le racisme, on ferait mieux de regarder la poutre plantée dans son oeil avant la paille plantée dans l'oeil de l'autre.

Étonnant ami étranger ! Non ?

Écrit par : CAMELIO Jean-Louis | 01 mai 2011

Jean-Louis ,tu es Super Sétori .Tu es toujours là pour venir au secours des pêcheurs Sétois d' origine Italienne ( de préférence).
Je t' imagine tout de blanc vêtu avec un canotier bien sûr, arrivant avec la barque bleu ,blanc ,rouge comme ton masque .Avec aussi ta croix de Lorraine comme épée venant pourfendre le critiqueur étranger.Que tu es beau , grand ,fort et svelte ( là ,je déconne un peu)!!!Amis dessinateurs de BD ,créez un feuilleton avec notre ami "Camelio , notre héros"
PS: N' oubliez pas de truffer vos récits de références littéraires grecques et quelques pincées de patois du cru ,ici ou là .
"Chagrin ,Chagrin faï ta malla!!!"

Écrit par : utop | 01 mai 2011

Bonjour Jeanne-Marine. Et bienvenue sur mon blog.

Je pense que vous parlez du carnet de circulation que doivent faire viser à chaque déplacement les gens du voyage.
Il pourrait s’agit en effet d’une étonnante discrimination alors que tous les autres citoyens français ou européens, sous condition d’avoir effectivement une carte nationale d’identité et/ou un passeport, se déplacent eux sans un contrôle de ce type.
Il faut donc d’abord que tous ces gens du voyage aient une carte d’identité nationale ou un passeport d’abord. Ce n’est pas le cas de tous, précisons le.
Reste aussi à régler le problème de la domiciliation. Les sédentaires en ont une de fixe enregistré. Ce qui permet un suivi, un contrôle et un lien administratifs. Les gens du voyage donnent eux une commune de rattachement, mais bien souvent certains ne retirent jamais les courriers qui leur sont envoyés à ces adresses. Les mairies (points d’envoi) se retrouvent alors avec des courriers poste restante. Le carnet de circulation permet aussi dans ce cas là d’avoir ce type de contrôle et de lien administratif.

Il ne s’agit donc pas de discriminer, mais de mettre tous les citoyens français et européens à égalité devant l’administration quelle qu’elle soit. Le carnet de circulation semble donc inadéquat pour certains, mais une solution pour d’autres. Je précise que le « certains » et « autres » n’a pour moi aucune connotation ni référence à une quelconque origine ethnique ou communautariste. Tous les citoyens, y compris ceux du voyage, ont des obligations par rapport à l’Etat, aux déclarations fiscales ou autres administrations. Il faut donc pouvoir les joindre…

Écrit par : Philippe Sans | 01 mai 2011

Pour J.Marine Chére madame sachez que les Giorda comme vous dites ne sont pas tous pêcheurs il y a aussi des ouvriers des enseignants des professeurs des ingénieurs et aussi des chomeurs il se sont devenus français aprés avoir beaucoup luttés au début du siécle contre la bourgeoisie sètoise et envoyés en premiére ligne dans la Somme avec les les forces venant des colonies et ensuite dans la résistance et d'autres comme tout le monde.
Enfin des gens normaux

Écrit par : Giorda | 02 mai 2011

Monsieur Sans, je vous remercie pour votre "éclairage".
Mais vous ne laissez pas penser qu'un humanisme total transparaisse dans votre énumération de "textes" pas jolis.
C'est la Loi ! Quand elle est à chi..., Monsieur, il faut avoir le courage de la changer. Mais entre être un Homme Politique et être, humblement un politique (au sans de celui qui s'occupe des affaires de la Cité... une marge est depuis longtemps de mise, je sais).
Pour votre information, vous trouverez ici "l'étoile" que certains (300 000, quand-même) ont porté.
Sur le lien, c'est la deuxième :
http://petitescroix-journal.e-monsite.com/rubrique,marquages-des-deportes,1301886.html
Nous serons toujours le Juif de quelqu'un.
Monsieur Camélio, défendra toujours les Italiens, quoiqu'ils aient fait. Les pécheurs, les armateurs, les assassins, dès que ça finit en "o". Pas Battisti, ça finit en "i".
Hi-Hi... (humour potache pour un vieux Grigou).
Pour Monsieur Sans
En cette soirée de lièsse journalistique, je vous livre un ressenti (et à la fin il y en a pour ceux que nous n'aimons pas en commun, si j'ai bien compris) :

Alice Januel Novembre 2006
Projet – Vous êtes d’une famille de « voyageurs ». Pouvez-vous nous dire d’où vous venez, et comment vous vivez concrètement le voyage ?

Alice Januel – Ma famille a toujours voyagé. Du côté de mon père, l’origine est italienne, et du côté de ma mère, elle est allemande : cela représente un joli croisement ! Ils s’étaient bien sûr rencontrés sur une fête foraine. J’ai un fils de 35 ans, marié, puis deux filles, et un petit dernier de 17 ans. Le plus important à faire comprendre aux lecteurs, c’est que nous n’avons pas de point d’attache : depuis quelque temps, ma famille est plutôt dans le sud de la France. Nous autres voyageurs apprécions bien sûr les pays chauds, tout en étant amenés à circuler dans toutes les régions. Autrefois, nous faisions les fêtes foraines, aujourd’hui, les marchés. L’habitude est désormais de se déplacer en famille, c’est-à-dire à quatre ou cinq caravanes au maximum (nous et nos enfants). Mais en arrivant dans un village ou une ville, nous nous installons bien sûr avec d’autres, auxquels nous nous mêlons. Il n’existe pas de ségrégation entre groupes.

Là où je suis, là où j’habite, je me suis toujours impliquée dans la défense du mode de vie des voyageurs. C’est comme ça que je suis rentrée dans la vie associative. Un temps avec l’Unisat, plus récemment avec l’Angvc, dont j’ai été élue présidente en 2005.

Projet – Vous parlez de groupes. Quels sont ces groupes et quelles différences existent entre eux ?

Alice Januel – Il y a les Manouches, les Sintés, les Yéniches, les Roms, les Gitans. Les Yéniches sont allemands ; les Roms, qui sont venus de Roumanie récemment, ne voyagent pratiquement pas avec nous. Quant aux Gitans, ils se déplacent très peu et sont sédentarisés principalement à Perpignan et Montpellier. Je ne suis pas attentive aux différences entre tous ces groupes, cela ne me gêne pas pour vivre ensemble, quand nous nous retrouvons ici ou là, en bonne intelligence avec chacun.

Projet – En arrivant dans une ville, où vous installez-vous ?

Alice Januel – En principe, depuis la loi Besson du 5 juillet 2000, toute commune de plus de 5000 habitants doit nous réserver un terrain aménagé, une « aire de stationnement ». Très peu d’emplacements méritent ce nom, surtout dans le sud de la France : il s’agit souvent de terrains-alibis, coincés le long de la voie ferrée, avec juste une arrivée d’eau ! Et dans 80 % des cas, notre arrivée suscite de l’hostilité : nous sommes considérés comme des envahisseurs, même si la police municipale est parfois accommodante et si la population n’a plus les mêmes a priori qu’il y a cinquante ans, à condition qu’on soit correct. En principe, nous ne restons jamais plus de deux mois au même endroit ; les familles qui ont des enfants jeunes s’arrêtent en général tout l’hiver à cause de l’école, mais cela ne dure pas. Mes propres enfants ont suivi l’enseignement du Cned dès le primaire, en plus de l’école quand c’était possible !

Bien sûr, la scolarité des enfants est exceptionnellement à l’origine d’une sédentarisation totale de la famille – c’est arrivé à ma sœur dont la fille est devenue avocate. Je dis exceptionnellement, car la scolarisation des petits voyageurs demeure un véritable problème. Ils peuvent rester trois mois dans une école sans rien apprendre ; on les abandonne au fond de la classe, l’enseignant refusant de s’investir pour des enfants qui repartiront. Et comme les parents sont hélas souvent illettrés, ils ne peuvent en rien contrôler ce qui est fait ni aider leurs enfants. Ils baissent les bras, et quand les gamins savent lire et écrire, ils ne vont plus à l’école. C’est dommage, car je suis sûre que les études sont un bienfait nécessaire, même quand on veut continuer à voyager.

Des solutions alternatives existent dans certains endroits, mais je n’y suis pas favorable : à Dijon par exemple, il y a une école sur l’aire de stationnement, qui n’accueille que les enfants du voyage. Ce n’est pas ainsi qu’ils apprendront à vivre ensemble avec les petits sédentaires, chose primordiale pour nous. De même, il existe des camions-écoles ; eux aussi conduisent à une séparation non souhaitable entre les gamins.

Projet – Que représente le voyage dans votre vie ? Est-ce simplement un mode de vie et de travail, ou une culture ? La sédentarisation est-elle un phénomène massif ?

Alice Januel – Je ne me suis jamais posé la question de ne pas voyager ! Dans notre désir de partir, il y a un fort aspect de découverte : on aime aller vers l’inconnu, on rechigne à revenir chaque année dans la même ville. Mais je dirais aussi que nous avons la « bougeotte » : comment expliquer que nous voulions absolument repartir lorsque nous sommes bien à un endroit ? La sédentarisation demeure un phénomène minime : certains d’entre nous achètent une maison ou stationnent pour la période de scolarisation des enfants, mais cela ne les empêche pas de repartir dès que possible…

Ce besoin de bouger est relié à tout notre mode de vie : nous sommes tout le temps dehors – certains même l’hiver –, à côtoyer les autres. La rencontre fait partie de notre quotidien. Nous étendons le linge à sécher dehors, nous cuisinons souvent dehors, d’abord pour éviter d’abîmer la caravane. Il est vrai que la télévision a remplacé en partie les discussions du soir chez les uns et les autres ; les enfants ont leur console de jeux comme les petits sédentaires. Mais c’est surtout la climatisation qui transforme le mode de vie des voyageurs : quand il fait très chaud, la journée, plus personne n’est dehors ! En revanche, on ressort le soir et les rencontres ont lieu quand il fait meilleur.

Ces changements dans notre mode de vie cependant n’ont pas affecté la solidarité et l’échange qui existent entre nous. Chacun fait toujours son possible pour aider ceux qui en ont besoin. Cette solidarité se transmet naturellement. Nous poussons nos enfants à garder leurs racines, à ne pas se renier. Mon fils de 17 ans a vécu plus de temps dans son enfance avec des sédentaires ou des forains qu’avec des voyageurs, et il prend un peu de leur mentalité (les forains sont des gens qui travaillent avec nous sur les fêtes foraines mais ne sont pas d’origine voyageuse). Mais je ne voulais pas que mon fils ignore ses racines. Le voyageur est quelqu’un qui ignore les conjugaisons, qui est fier de ses ancêtres, même s’il suit la mode et qu’il possède un lave-vaisselle.

Il y a 50 ans, on pouvait s’arrêter dans un champ n’importe où et allumer la lampe à pétrole ! Aujourd’hui il n’en est plus question. A chaque génération, des progrès sont intervenus et je ne peux plus accepter ce que ma mère acceptait, de même que mes filles n’acceptent pas ce que j’ai accepté. Jamais ma mère, par exemple, n’aurait pu prendre le TGV le matin pour participer à une réunion à Paris comme je le fais… Le mari n’est plus le seigneur et maître, il ne décide plus tout seul, même si un certain poids des traditions demeure… Le mien, par exemple, n’apprécierait pas que je reste à Paris après une réunion. Cependant, je crois que l’évolution des mentalités est la même que chez les sédentaires.

Projet – Que reste-t-il pour fédérer les jeunes, pour ressouder la communauté dans sa fierté ? De grands moments de fête ?

Alice Januel – Il y a d’abord les grands pèlerinages : les Saintes Maries de la Mer, au mois de mai, Paray le Monial, Lourdes, Ars. Tous les jeunes s’y retrouvent. Les messes sont célébrées au milieu des caravanes et, quelle que soit la religion de chacun, le pèlerinage est un très grand moment de resserrement des liens et de maintien de la tradition. Notre histoire aussi, qui n’est pas écrite dans les livres officiels, est l’objet de la transmission par les parents : j’ai moi-même raconté à mes enfants le rôle joué par mes oncles tués à la colline des baïonnettes à Verdun.

J’ai trouvé récemment un article de 1940 rapportant qu’un préfet demandait au gouvernement qu’on assigne les voyageurs à résidence dans un village ; en raison de leur itinérance, ils auraient pu, selon lui, passer des renseignements à l’ennemi. J’avais de la famille dans les camps, dans la Résistance, et on nous traitait comme ça ! Mais cette histoire des gens du voyage dans l’Histoire de la France, personne ne l’écrit. Exceptionnellement, à Arles, une exposition a été réalisée avec des photos et des documents comme les carnets anthropométriques, à l’occasion de l’inauguration d’un monument rappelant le camp de Saliers. Les voyageurs y avaient été enfermés pendant la guerre, et des enfants y avaient été enlevés à leurs parents et donnés à l’adoption : une page d’histoire a été ouverte à cette occasion.

Projet – Les carnets anthropométriques, cela n’existe plus !

Alice Januel – Cela n’existe plus depuis 1969, mais la réalité n’a pas beaucoup changé ! Nous avons un livret spécial de circulation, qu’il faut faire tamponner tous les cinq ans, si nous sommes commerçants ambulants, inscrits au registre du commerce. Sinon, nous avons un « carnet de circulation » qui doit quant à lui être visé tous les trois mois à la gendarmerie. Et jusqu’à il y a peu, nous étions reçus, dans les préfectures, au bureau de l’immigration. Ce document est un permis de circuler, et non une pièce d’identité : vous n’imaginez pas les problèmes quand vous présentez ce permis dans les magasins... Et il faut savoir que de nombreux voyageurs n’ont pas de carte d’identité, car certaines préfectures refusent de la délivrer s’il n’y a pas de domicile. La solution adoptée de plus en plus souvent par les gens du voyage est la domiciliation agréée auprès d’associations, à cause des caisses d’allocations, de la Sécurité sociale. Ce système très contraignant est dépassé et honteux, et je me bats pour sa suppression.

Projet – Vous dites « je me bats ». Comment en êtes-vous venue à vous engager ainsi et à prendre des responsabilités locales puis nationales ?

Alice Januel – Nous en avons tellement vu sur le voyage ! Mon fils aîné a 35 ans, il en avait 9 quand j’ai lancé ma première procédure. A l’époque, il existait des carnets de scolarité : au-delà de cinq journées et demi d’absence à l’école par mois, on nous retirait nos allocations. Quand un maire de Haute-Garonne m’a interdit de mettre mes enfants à l’école, je lui ai fait un procès (avec le soutien d’une association), car je ne voulais pas perdre mes allocations. A partir de là, je n’ai plus cessé de me battre pour faire respecter nos droits. Il y a tellement d’injustices et de discrimination qu’on est obligé de se préoccuper de faire évoluer les choses. Aujourd’hui encore, quand on arrive dans un endroit où il n’y a pas d’aire d’accueil, on voit une place, on s’arrête. Dans la demi-heure qui suit, les gendarmes sont là. A l’époque quand on demandait une place, neuf fois sur dix, on vous renvoyait chez le voisin. Alors, on téléphonait à une association pour demander quoi faire. Il m’est arrivé de tenir tête et de rester exprès dans un village dont on voulait que je reparte. On nous a arrêtés au milieu de la route en nous disant : « Vous ne pouvez pas rester. Allez à côté, il y a un terrain intercommunal ». Ce qui était faux. Les gendarmes sont venus et se sont rangés du côté de ceux qui souhaitaient notre départ. Nous y sommes restés cinq jours, sans eau et sans électricité, pour leur montrer qu’ils étaient en tort.

En 2003, lors de la canicule, j’étais dans l’Hérault avec mon beau-père dont l’état de santé nécessitait l’aide d’appareils respiratoires. Une seule commune nous avait donné l’autorisation de nous arrêter, nous y sommes restés quinze jours. La commune d’à côté n’a pas honoré sa promesse de nous accueillir ensuite. Ne sachant plus quoi faire, car mon beau-père ne pouvait rester sans que son respirateur soit branché, j’ai même téléphoné au ministère de la Santé. J’avais donné ma parole de partir et j’ai dû la reprendre par la force des choses ; le maire de la commune que nous ne voulions plus quitter m’a mise en référé. Je suis allée au tribunal contre ma volonté. J’ai gagné, ce qui m’a permis d’avoir une localisation. C’est à cette époque que j’ai adhéré à l’Angvc. De fil en aiguille, j’en suis devenue secrétaire puis présidente.

L’important est d’apprendre aux gens à se défendre. C’est bien le problème principal : les voyageurs ont peur que, de toutes façons, la justice leur soit contraire. Les associations sont là pour aider les voyageurs à s’expliquer, à dialoguer avec un maire, à défendre leurs droits. Ensuite, nous essayons de faire évoluer les choses à l’échelon départemental, dans le cadre d’une commission consultative dont les membres sont nommés par le préfet : refusant les « terrains ghettos » coincés entre route nationale et chemin de fer, j’ai réussi à en faire annuler plusieurs dans l’Hérault.

Depuis cette année, je participe aussi à la Commission nationale consultative des gens du voyage, installée auprès de Madame Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité, et présidée par M. Hérisson, sénateur maire de Sevrier. C’est un lieu important déjà sur le plan symbolique car il permet une prise de conscience. J’en attends beaucoup pour avancer sur la question du livret et sur celle de la gestion des terrains d’accueil. Un autre point important est celui de la reconnaissance de la caravane comme habitat, qui donne accès aux mêmes droits que les sédentaires. Naturellement, il faudra du temps pour aboutir, plus que ce que l’on souhaiterait. J’ai aussi saisi la Commission du problème de notre présence sur les marchés : le principe est de 30 % de places pour les passagers, mais souvent on nous dit qu’il n’y a pas de place, et nous ne pouvons pas travailler alors que nous payons la taxe professionnelle et les cotisations afférentes à notre activité.

Projet – Vous animez aussi des sessions de formation ?

Alice Januel – Animer, c’est un bien grand mot ! J’ai rencontré, à l’occasion d’une affaire judiciaire contre une mairie, une médiatrice de préfecture qui est aussi membre de l’association Sésame, organisatrice de formations. Elle m’a demandé de venir témoigner auprès de stagiaires, des jeunes magistrats et des policiers, qui ne connaissaient rien à la vie des gens du voyage ! Je l’ai fait volontiers car expliquer permet aux gens de se rapprocher. Du coup, on m’a demandé aussi de participer à un colloque contre la discrimination. Toutes les occasions sont bonnes pour moi d’aller parler, dans la mesure où les interlocuteurs sont de bonne volonté. Mais tout aussi importante à mon sens est la formation interne aux gens du voyage, car tous doivent comprendre que leur vie va continuer de changer et qu’ils doivent être capables de s’adapter : savoir lire et écrire ne suffit plus quand il n’y a plus ni annuaires ni minitel dans les bureaux de poste et qu’il faut se connecter sur internet pour le moindre renseignement. L’illettrisme n’est plus acceptable parmi nous. Il faut aussi que les voyageurs mettent de la bonne volonté pour ne plus être considérés comme des envahisseurs quand ils arrivent dans un village : par exemple éviter de parler notre dialecte en public, ou d’aller faire les courses en pantoufles, sortir de notre vase clos. De simples gestes favorisent l’accueil. En face, bien sûr il faut encore que les mentalités changent, que les municipalités ne nous accueillent plus dans un trou ou entre des murs pour qu’on ne nous voie pas ! Le respect mutuel est indispensable.

Propos recueillis par Bertrand Cassaigne et Françoise Terrel-Salmon
Source :
http://www.ceras-projet.org/index.php?id=2107

Pour Giorda, je suis bien d'accord avec vous, en Somme, "mais pourquoi aller dans une telle galère ?" (Du Molière ou presque).
Je m'explique, enfin à peu près, les Bougnoules ont été faire la même chose. Mais à Sète, ils sont encore dans la cale des thoniers Ritals. C'est rimant non ? Monsieur Camélio ne va pas aimer, désolé, mais pour la gâterie de Carla, je ne suis pas assez introduit, si je puis dire.
Quel forum sympa !
On peut se lâcher et dire des "presques" bêtises.
A propos d'Oussama, c'est rassurant, si lui ils l'ont eu, il doit y avoir des miches qui tremblent à Sète.

Écrit par : Jeanne-Marine | 03 mai 2011

Vous vous trompez M. CAMELIO avant d'être français ou italien de la cinquième génération et avant tout sétois amoureux de Sète, de ses coutumes et traditions, de sa culture et respecte au plus haut point les professions portuaires qui ont construit l'âme de cette cité magnifique.

Vos images sur le monde de la pêche sont provocantes, simplistes et dénotent une méconnaissance totale de ce milieu.

Il est vrai et je vous le concède aisément que notre société n'est pas le monde des « bisounours » et cela dans tous les domaines et professions.

Je suis entièrement d'accord avec vous quand vous dîtes nous sommes toujours le juif d'un autre et j'ai combattu toute ma vie dans ce sens. C'est pourquoi je ne défends pas corps et âmes les "ritals" comme les nomment les nordistes et les "calabrais"; terme reprenant péjorativement pour les sétois tous les habitants du sud de l'Italie; j'appelle seulement ce que je considère comme un honnête homme, un honnête homme et un assassin tel que Batisti, un assassin, peut importe sa nationalité, sa religion, ou son idéologie..

Écrit par : CAMELIO Jean-Louis | 03 mai 2011

Attention aux amalgames, jeanne-marine (le choix du pseudo est-il volontairement provocant?). Traitez moi de nazi tant que vous y êtes! Faire l'amalgame d'étoiles de sinistres mémoires avec une "domiciliation" nécessaire pour tout citoyen européen (et donc français) est quand même des plus osés. Et même extrémiste à mon sens. Je suis moi-même fiché par l'administration française pour ma couverture sociale, mes impôts et autres et cela ne me choque pas. A condition que l'on ne touche pas à ma liberté, à ma vie privée, à ma liberté de penser...Je ne condamne pas ce type de mode vie qu'est le nomadisme ou le voyage. Mais quelle proposition avez-vous pour pouvoir joindre administrativement les gens du voyage?

Écrit par : Philippe Sans | 03 mai 2011

M. Camélio, je prends acte.
M. Sans, si les maires des communes Françaises acceptaient une domiciliation dans "leurs" mairies, ce pourrait-être un bon début.
C'est souvent demandé mais peu accepté.
Loin de moi de vous traiter de Nazi.
Les Voyageurs voyagent. Les Voyageurs voleurs doivent-être punis, aussi, mais pas plus que les Sédentaires qui sédentent et parfois volent également, une question de blancheur de col, sans doute.
Les Italiens (ou autres) qui vivent de subventions et qui ne donnent pas de fiches de paye à leurs marins doivent également être punis. Aussi sévèrement qu'un voleur de câbles (et à la mesure du délit). Pour ma part, les "Avions renifleurs" avaient, je croyais, disparu en 1979. Scan... n'avait sans doute pas eu l'info. Le pôvre pêcheur. Pour moi, M. Camélio, il y a plusieurs sortes de pê(é)cheurs, pas vous ?
Ce n'est pas une partie du boulot douanier de s'occuper des fraudes ? Avec le matos qu'ils ont, même pas traquer le "maquereau"...
M. Sans, la domiciliation fixe, à vous lire (ais-je mal compris ?) deviendrait obligatoire pour être un bon Européen (voire Français) ?
Vous allez plaire aux Campeurs...
Quant à mon prénom, je dois dire, qu'en ces temps, que je ne dis pas merci à mes parents.
Je prendrai donc le troisième dorénavant : Martine.
Quant au miches qui doivent trembler à Sète, puisque vous n'avez pas réagis, je parlais du maire actuel, de ses copains (voir dans ML l'article amusant sur l'OPH), et éventuellement les deux précédemment maires. Ben non, le François d'avant n'était pas non plus une boule de neige (cabinet - from Paris, embauches...). Et alors, celui d'avant, que dire, " l'histoire du Pont des Sétois" n'est pas close d'un point de vue judiciaire...
La justice y reviendra, tôt ou tard.

Mais les deux derniers étaient de la gnognotte par rapport à ce que nous vivons et allons vivre.
Eclairage public, il ne faut rien lâcher, anonymes et lâches (dont je fais partie), comme courageux combattants sous les lumières.
La justice y reviendra, tôt ou tard.
Mais pour tout ça, sera-t-il trop tard ?

Écrit par : Jeanne-Marie | 03 mai 2011

Jeanne-marie, pour les "miches" qui tremblent je suis favorable à l'entière transparence et aux sanctions pénales, politiques et électorales de tout dérapage. Que ce soit pour les politiques...ou pour les pêcheurs en tout genre. Les sédentaires ou les nomades, en col blanc, tee-shirt ou torse nu. Concernant les domiciliations en mairie, elles sont déjà effectuées (relisez moi et renseignez vous) et sont obligatoires mais dans une mairie. Et certaines se retrouvent avec du courrier administratif et des relances en poste restante. Ne confondez pas non plus (drôle de raccourci?) Un campeur en loisir qui a un domicile fixe avec des gens du voyage sans adresse fixe.

Écrit par : Philippe Sans | 04 mai 2011

Sans domicile fixe, mais pas campeur=sans droit et plus Français.
Vous vous enlisez, si je puis me permettre.
Qu'un Voyageur puisse se soustraire aux obligations de chaque Français est condamnable. Qu'un Voyageur ait l'obligation de porter un "Triangle invisible" sur sa peau l'est tout autant. Mais là, je ne vois rien dans vos propos qui condamne cet état de fait.
Quelle couleur pour le triangle pour les Français (Sétois, même, c'est la fête, non?) qui fraudent les impôts, pour ceux qui ont des comptes en Suisse. Quel document supplémentaire pour M. Camélio (Français depuis 5 générations, c'est un peu court jeune homme par rapport à Clovis...).
Quand vous serez maire de notre ville (et j'en ai encore le souhait, ceci-dit, nous ne pouvons guère aller plus bas).
Donc, quand vous serez maire de notre ville, j'aimerais que vous appliquiez ce que très peu de maires font quant à la domiciliation des Voyageurs.
D'ailleurs, dans votre programme il serait très courageux de parler également d'une aire d'accueil (le refrain sur les compétences de telle ou telle territorialité fait sourire, le "c'est pas moi c'est lui" c'était bon à la communale..).
Comme vous étiez né, je vous rappelle que Mitterrand ( que je n'ai aimé qu'un jour, le 10 mai 1981) a été élu alors que 70% des Français étaient contre la peine de mort.
Lui avait eu ce courage politique de dire qu'il était contre et grâce à Robert Badinter, l'avait supprimée.
Courage politique, une expression qui a disparu bien avant le thon rouge...

Écrit par : Martine | 05 mai 2011

? Je ne m'enlise pas Jeanne-marine, je vous dit simplement qu'on ne peut demander à ce que l'Etat français respecte les droits de citoyen (couverture santé, sociale, éducation et autres...) sans respecter aussi un minimum de règle. Je le répète, votre amalgame avec un triangle de sinistre mémoire et trés condamnable est de trés mauvais goût.Et vous avez bien lu : je ne condamne pas mon fichage par les impòts ou la sécurité sociale parce que je me dois de payer des impôts pour la société et l'avenir de mes enfants, parce que je dois avoir une couverture santé...L'utilisation de ces impôts étant un autre débat. Donc permettre des domiciliations de gens du voyage dans une mairie est ce qui doit se faire. Et un carnet de voyage ne me choque pas. Je présente bien un passeport en entrant et sortant dans certains pays? Sans avoir d'ailleurs à bénéficier au départ de leur couverture...Mais je le répète quelle solution avez-vous administrativement pour joindre une personne sur la route sans savoir où elle se trouve quand elle n'a pas de domicile fixe? Concernant l'aire d'accueil de gens du voyage, si vous relisez ce blog plus en arrière et aussi sur cette note, la Ville de Séte doit avoir son aire d'accueil comme la loi l'exige. C'est sa responsabilité et son obligation. J'ai toujours été clair là dessus. Dés 2008!

Écrit par : Philippe Sans | 05 mai 2011

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